Création de contenu avec l’IA : pourquoi l’obsession qualitative doit primer sur les outils

Depuis l’arrivée des intelligences artificielles génératives, une partie des débats se concentre sur une question récurrente : est-il légitime d’utiliser une IA pour créer un livre, rédiger un article, produire une vidéo ou concevoir une illustration ?

Cette manière d’aborder le sujet est pourtant réductrice. Le véritable enjeu n’est peut-être pas l’outil utilisé, mais la qualité du contenu produit et la satisfaction de son destinataire final.

Dans le monde de l’entreprise, Amazon a popularisé le concept d’obsession client, selon lequel toutes les décisions doivent être prises dans l’intérêt du client. Cette philosophie peut être transposée à la création de contenu sous une forme plus générale que l’on pourrait appeler l’obsession qualitative : placer le lecteur, le spectateur ou l’utilisateur final au centre de toutes les décisions.

Dans cette perspective, l’intelligence artificielle ne constitue ni une fin en soi ni un raccourci destiné à remplacer le travail humain. Elle devient un outil supplémentaire permettant d’améliorer un projet, de remettre en question certaines idées, de gagner du temps sur des tâches répétitives et, surtout, d’augmenter la qualité du résultat final.

Le débat autour de l’IA change alors complètement de nature. Il ne s’agit plus d’opposer les créateurs utilisant une intelligence artificielle à ceux qui s’en passent, mais de se demander si le contenu proposé répond réellement aux attentes de son public.

Résumé rapide

L’essor des intelligences artificielles génératives bouleverse les méthodes de création de contenu. Pourtant, la véritable question ne devrait pas être de savoir si une IA a été utilisée, mais si le contenu final répond aux attentes de son destinataire.

En s’inspirant du principe d’obsession client développé par Amazon, il est possible de définir une véritable obsession qualitative, consistant à placer la satisfaction du lecteur, du spectateur ou de l’utilisateur au-dessus des outils employés pour produire un contenu.

L’IA apparaît alors comme un assistant de réflexion, de documentation, de correction ou de création, comparable à de nombreux intervenants qui participent déjà depuis longtemps au travail éditorial traditionnel.

Table des matières

1. L’obsession client d’Amazon : une idée qui dépasse le commerce

IA et humain dialoguent pour créer du contenu
Le dialogue entre l’humain et l’intelligence artificielle peut transformer la création de contenu en véritable processus de cocréation.

1.1. Un principe devenu célèbre

Parmi les nombreux concepts popularisés par Amazon, l’un des plus connus est sans doute celui d’obsession client (Customer Obsession).

Contrairement à une approche centrée sur les concurrents ou sur les produits eux-mêmes, Amazon considère que toutes les décisions importantes doivent être prises en gardant constamment à l’esprit une question simple :

Cette décision améliore-t-elle réellement l’expérience du client ?

Ce principe influence aussi bien le développement de nouveaux services que la logistique, la politique commerciale ou l’assistance proposée aux utilisateurs.

L’idée peut sembler évidente, mais elle conduit en réalité à un changement profond de perspective. L’entreprise ne cherche pas uniquement à vendre un produit ; elle cherche à satisfaire durablement la personne qui l’utilise.

Cette philosophie explique en partie pourquoi Amazon investit continuellement dans des innovations parfois coûteuses : livraison accélérée, simplification des retours, recommandations personnalisées ou encore amélioration permanente de son interface.

Le client devient le point de référence de toutes les décisions.

Cette notion d’obsession client est également particulièrement intéressante pour les auteurs qui publient leurs ouvrages avec KDP. Le livre Amazon Confidentiel permet notamment de mieux comprendre certains principes et stratégies associés au fonctionnement d’Amazon et d’en tirer des enseignements applicables à l’autoédition. Nous avons consacré un article à cette approche : « Exploser ses ventes KDP grâce aux stratégies révélées dans Amazon Confidentiel ».

1.2. Une idée transposable à la création de contenu

Ce principe ne concerne pourtant pas uniquement le commerce.

Il peut être adapté à presque toutes les activités créatives.

Lorsqu’un auteur écrit un livre, lorsqu’un vidéaste prépare une vidéo YouTube, lorsqu’un blogueur rédige un article ou lorsqu’un formateur conçoit un cours, chacun poursuit finalement un objectif similaire :

apporter quelque chose d’utile à son public.

Dans ce contexte, il devient possible d’élargir la notion d’obsession client pour parler plus généralement d’obsession qualitative.

Cette expression désigne une démarche dans laquelle toutes les décisions prises pendant la création poursuivent un seul objectif : améliorer l’expérience du destinataire final.

Selon le domaine concerné, cette idée peut prendre différentes formes :

• un écrivain cherchera à satisfaire son lecteur ;

• un vidéaste cherchera à captiver son spectateur ;

• un formateur cherchera à faciliter l’apprentissage de ses élèves ;

• un journaliste cherchera à informer avec précision ;

• un créateur de contenu cherchera à répondre efficacement à la question que se pose son audience.

Autrement dit, la qualité ne constitue plus simplement une caractéristique souhaitable du contenu : elle devient la priorité absolue.

2. L’obsession qualitative : placer le destinataire au centre

2.1. Le lecteur avant l’auteur

Lorsqu’un auteur travaille sur un livre, il peut naturellement être tenté de privilégier son propre style ou ses préférences personnelles.

Pourtant, un ouvrage est avant tout destiné à être lu.

Un lecteur attend généralement plusieurs qualités :

• une structure claire ;

• une progression logique ;

• des informations fiables ;

• un style agréable à lire ;

• des explications compréhensibles.

L’auteur peut apprécier certaines formulations particulièrement littéraires, mais si celles-ci rendent la lecture difficile, elles risquent de nuire à l’expérience du lecteur.

L’obsession qualitative conduit donc à se poser régulièrement une question essentielle :

Cette formulation aide-t-elle réellement mon lecteur ?

2.2. Le spectateur avant le créateur

La même logique s’applique aux vidéos.

Un vidéaste peut être fier d’un montage complexe ou d’effets visuels particulièrement travaillés.

Mais le spectateur recherche souvent autre chose :

• une vidéo claire ;

• un rythme adapté ;

• une bonne qualité sonore ;

• des explications faciles à suivre.

L’objectif n’est pas d’impressionner par la technique, mais de transmettre efficacement une information ou une émotion.

Cette réflexion explique pourquoi certaines vidéos très simples rencontrent parfois davantage de succès que des productions beaucoup plus ambitieuses sur le plan technique.

2.3. L’utilisateur avant la technologie

Le raisonnement reste identique pour un site Internet.

Un développeur peut apprécier une interface très originale.

Cependant, si l’utilisateur ne trouve pas rapidement l’information recherchée, l’expérience globale se dégrade.

L’obsession qualitative conduit alors à privilégier :

• la lisibilité ;

• la rapidité ;

• la simplicité de navigation ;

• l’accessibilité.

La technologie devient un moyen, jamais une finalité.

2.4. Une philosophie qui change le regard porté sur l’IA

Cette manière d’aborder la création de contenu permet également de mieux comprendre la place de l’intelligence artificielle.

Si l’objectif premier consiste à améliorer l’expérience du lecteur, du spectateur ou de l’utilisateur, alors une nouvelle question apparaît naturellement :

L’intelligence artificielle permet-elle d’améliorer la qualité du contenu proposé ?

Si la réponse est positive, l’IA cesse d’être un sujet idéologique.

Elle devient simplement un outil supplémentaire au service de cette obsession qualitative.

Ce changement de perspective est important, car il déplace le débat.

Il ne s’agit plus de défendre ou de rejeter l’intelligence artificielle par principe, mais d’évaluer concrètement ce qu’elle apporte au projet et à son destinataire final.

Cette approche rejoint une réflexion plus large sur la manière d’utiliser l’intelligence artificielle comme un outil d’intelligence additionnelle, capable d’accompagner le créateur sans se substituer à son jugement. Nous avons développé cette question dans notre article « IA : l’intelligence additionnelle entre refus et bon usage ».

3. L’intelligence artificielle au service de l’obsession qualitative

3.1. Dépasser le simple générateur de contenu

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à réduire l’intelligence artificielle à un simple générateur automatique de textes ou d’images.

Cette vision correspond surtout aux premiers usages que découvrent de nombreux utilisateurs : demander un texte, obtenir une réponse, puis s’arrêter là.

En réalité, les intelligences artificielles génératives offrent aujourd’hui une approche beaucoup plus riche.

Elles permettent d’instaurer un véritable dialogue autour d’un projet.

Le créateur peut ainsi :

• présenter une idée encore imprécise ;

• expliquer ses objectifs ;

• décrire son public cible ;

• demander plusieurs approches différentes ;

• confronter plusieurs points de vue.

L’IA cesse alors d’être une machine qui « produit du contenu » pour devenir un partenaire de réflexion.

Cette différence est fondamentale.

Dans une démarche d’obsession qualitative, le premier objectif n’est pas de produire rapidement, mais de produire mieux.

3.2. Discuter avant même de commencer à créer

Dans certains projets, l’IA intervient avant la moindre phase de rédaction.

Prenons l’exemple d’un auteur qui souhaite écrire un livre consacré à l’intelligence artificielle.

Avant même de rédiger une ligne, il peut discuter avec l’IA de nombreuses questions :

• le sujet est-il suffisamment clair ?

• quels lecteurs sont concernés ?

• existe-t-il des angles originaux ?

• quelles parties risquent d’être les plus difficiles à comprendre ?

• quelles questions un lecteur pourrait-il se poser ?

Cette phase de réflexion permet souvent de faire émerger des idées auxquelles le créateur n’avait pas pensé.

Certaines pistes sont abandonnées.

D’autres apparaissent.

Le projet évolue avant même son lancement.

Cette étape ressemble beaucoup aux échanges qu’un auteur peut avoir avec un éditeur ou avec un collègue avant de commencer un ouvrage.

3.3. Utiliser un premier jet comme matière de travail

L’approche inverse est tout aussi intéressante.

Le créateur peut demander à l’IA de produire un premier projet.

L’objectif n’est pas nécessairement de publier ce contenu.

Il s’agit plutôt de disposer d’une base de réflexion.

Cette première version permet de repérer rapidement :

• les idées pertinentes ;

• les points faibles ;

• les oublis ;

• les incohérences éventuelles.

L’IA peut ensuite être sollicitée pour analyser ce premier jet.

Par exemple :

• quels sont les passages les moins convaincants ?

• certaines parties sont-elles répétitives ?

• manque-t-il des exemples ?

• le raisonnement est-il suffisamment progressif ?

• quelles objections un lecteur pourrait-il formuler ?

Le résultat devient alors le fruit d’un travail d’amélioration continue.

3.4. Une véritable logique de cocréation

Lorsque les échanges deviennent nombreux, il devient parfois difficile de distinguer précisément ce qui provient du créateur et ce qui provient de l’IA.

Cette situation ne traduit pas une disparition de l’auteur.

Elle correspond davantage à une forme de cocréation.

Le créateur conserve :

• l’idée initiale ;

• les objectifs ;

• les choix éditoriaux ;

• les validations finales.

L’intelligence artificielle apporte :

• des suggestions ;

• des reformulations ;

• des contre-propositions ;

• des pistes supplémentaires.

Le résultat final provient d’un dialogue permanent.

Dans cette approche, l’IA ne remplace pas le créateur.

Elle augmente ses capacités de réflexion.

4. Pourquoi certaines critiques reposent sur une vision incomplète de la création

4.1. Une opposition parfois fondée sur le principe

L’arrivée de l’intelligence artificielle suscite parfois des réactions très tranchées.

Dans certains milieux, son utilisation est rejetée presque systématiquement.

Le monde de l’édition fournit un exemple intéressant.

Il arrive que certains lecteurs ou certains libraires soupçonnent qu’un livre a été rédigé avec une intelligence artificielle et utilisent cette simple hypothèse comme une critique.

Paradoxalement, cette accusation est parfois formulée alors même que l’auteur n’a jamais utilisé la moindre IA.

Le simple fait qu’un texte soit particulièrement structuré, clair ou productif suffit parfois à susciter le doute.

Cette réaction traduit souvent davantage une position de principe qu’une analyse du contenu lui-même.

Or, si l’objectif est réellement la qualité du livre, une question plus pertinente pourrait être :

Le lecteur obtient-il un ouvrage intéressant, fiable et agréable à lire ?

4.2. Le mythe de l’auteur totalement solitaire

Ces critiques reposent souvent sur une idée largement idéalisée :

celle de l’auteur qui écrirait absolument tout, entièrement seul, du début à la fin.

Dans la réalité, cette situation est relativement rare.

Le travail éditorial mobilise très souvent plusieurs intervenants.

Selon les projets, un livre peut bénéficier :

• d’un directeur éditorial ;

• d’un correcteur ;

• d’un relecteur ;

• d’un maquettiste ;

• d’un graphiste ;

• d’un traducteur ;

• d’un documentaliste.

Le lecteur n’en a généralement pas conscience.

Pourtant, ces personnes contribuent directement à la qualité de l’ouvrage.

L’auteur demeure naturellement le créateur de l’œuvre.

Mais il travaille rarement dans un isolement complet.

4.3. Des échanges permanents avec d’autres personnes

Même lorsqu’un auteur ne bénéficie pas d’une équipe éditoriale complète, il échange fréquemment avec d’autres personnes.

Il peut demander :

• l’avis d’un proche ;

• celui d’un autre écrivain ;

• celui d’un spécialiste du sujet traité.

Ces discussions influencent parfois profondément l’évolution d’un livre.

Personne ne considère pourtant que cela retire son mérite à l’auteur.

L’intelligence artificielle s’inscrit finalement dans une logique comparable.

Elle devient un interlocuteur supplémentaire.

La différence tient uniquement à sa disponibilité permanente et à sa capacité à répondre instantanément.

5. L’intelligence artificielle remplit aujourd’hui des fonctions déjà présentes dans le monde de l’édition

5.1. L’auteur travaille rarement complètement seul

Lorsqu’on imagine un écrivain, on pense souvent à une personne isolée devant son ordinateur ou sa machine à écrire, rédigeant seule son manuscrit.

Cette image correspond davantage à un idéal romantique qu’à la réalité de l’édition.

Dans les maisons d’édition, un ouvrage mobilise fréquemment plusieurs compétences.

Une fois le manuscrit terminé, il peut être relu, corrigé, mis en page, illustré, traduit, puis retravaillé à différentes étapes avant sa publication.

L’auteur demeure naturellement au cœur du projet, mais il bénéficie souvent de l’intervention de nombreux professionnels.

L’intelligence artificielle ne crée donc pas le principe de l’assistance à l’auteur.

Elle modifie simplement la manière dont cette assistance peut être obtenue.

5.2. La documentation : une étape reconnue depuis longtemps

De nombreux ouvrages nécessitent un important travail de recherche.

Les auteurs consultent :

• des livres spécialisés ;

• des archives ;

• des articles scientifiques ;

• des témoignages ;

• des experts.

Cette phase de documentation est parfaitement admise dans le monde de l’édition.

Certains écrivains remercient même explicitement les personnes qui les ont aidés dans leurs recherches.

C’est notamment le cas de plusieurs ouvrages de Stephen King, dont les pages de remerciements évoquent des spécialistes ou des personnes ayant apporté des informations utiles sur certains sujets.

Aujourd’hui, une intelligence artificielle peut participer à cette phase documentaire.

Elle permet :

• d’obtenir rapidement une première synthèse ;

• d’identifier des notions importantes ;

• de faire apparaître des pistes de réflexion ;

• de préparer les recherches qui devront ensuite être vérifiées auprès de sources fiables.

L’IA ne remplace pas le travail de vérification.

Elle accélère souvent la phase préparatoire.

5.3. Les échanges avec un éditeur

Dans une maison d’édition traditionnelle, un manuscrit est rarement accepté sans modification.

L’éditeur peut proposer :

• de déplacer certains chapitres ;

• de supprimer des répétitions ;

• d’améliorer le rythme ;

• de préciser certains passages ;

• de rendre le texte plus accessible.

Ces échanges font partie du travail éditorial.

Ils ne remettent pas en cause la qualité de l’auteur.

Au contraire, ils cherchent à améliorer le résultat final.

Une intelligence artificielle permet aujourd’hui de mener une réflexion comparable.

Il devient possible de demander :

• ce chapitre est-il trop long ?

• cette introduction est-elle suffisamment claire ?

• ce raisonnement est-il cohérent ?

• ce passage manque-t-il d’exemples ?

L’auteur reste libre d’accepter ou non les suggestions proposées.

L’IA devient simplement un interlocuteur supplémentaire.

5.4. La correction et la relecture

La correction constitue une autre étape essentielle.

Orthographe, grammaire, typographie, répétitions, maladresses stylistiques…

Tous ces éléments sont traditionnellement vérifiés avant la publication.

Là encore, personne ne considère qu’un auteur perd sa qualité d’écrivain parce qu’un correcteur relit son manuscrit.

Au contraire.

Un texte soigneusement corrigé témoigne souvent d’un véritable respect envers le lecteur.

Les intelligences artificielles génératives permettent aujourd’hui d’effectuer une partie de ce travail.

Elles peuvent :

• détecter certaines fautes ;

• proposer des reformulations ;

• simplifier des phrases ;

• harmoniser le style.

Naturellement, une validation humaine reste indispensable.

Mais l’assistance fournie par l’IA s’inscrit dans une logique déjà ancienne.

5.5. Les couvertures et les illustrations

Peu d’auteurs réalisent eux-mêmes l’ensemble des illustrations de leurs ouvrages.

Dans l’édition traditionnelle, la couverture est généralement confiée à un graphiste.

Selon les projets, des illustrateurs interviennent également pour produire des dessins, des cartes ou des schémas.

L’intelligence artificielle permet aujourd’hui à un auteur indépendant de produire une première version de ces éléments graphiques.

Là encore, elle ne crée pas une nouvelle fonction.

Elle rend simplement accessible un service qui nécessitait auparavant l’intervention d’un professionnel ou un budget parfois important.

5.6. La traduction

Les maisons d’édition disposent souvent de traducteurs spécialisés lorsqu’elles souhaitent publier un ouvrage à l’étranger.

Cette étape est parfaitement admise.

Personne ne considère qu’un livre cesse d’être celui de son auteur parce qu’il a été traduit.

Les intelligences artificielles permettent désormais de produire une première traduction de qualité souvent très satisfaisante.

Cette traduction nécessite généralement une relecture humaine, une adaptation culturelle et parfois une véritable localisation.

Mais là encore, l’IA ne fait qu’offrir un accès plus simple à une compétence déjà largement utilisée dans l’édition.

5.7. La mise en page

La préparation d’un ouvrage ne s’arrête pas à son contenu.

La mise en page influence également l’expérience du lecteur.

Marges, styles de titres, typographie, hiérarchie visuelle…

Autant d’éléments qui participent à la qualité finale.

Les intelligences artificielles ne réalisent pas automatiquement toute cette mise en page.

En revanche, elles peuvent conseiller :

• une meilleure organisation des chapitres ;

• une structure plus lisible ;

• une hiérarchie plus claire ;

• une présentation adaptée au support de publication.

L’auteur bénéficie ainsi d’un accompagnement supplémentaire.

6. Même sans intelligence artificielle, certains auteurs ne rédigent pas leurs livres

6.1. Les écrivains fantômes existent depuis longtemps

Un autre aspect est souvent oublié dans les débats.

Tous les livres publiés ne sont pas nécessairement écrits par la personne dont le nom figure sur la couverture.

Depuis de nombreuses années, certains ouvrages sont rédigés par des écrivains fantômes (ghostwriters).

Leur travail consiste à écrire tout ou partie d’un livre qui sera ensuite publié sous le nom d’une autre personne.

Cette pratique existe notamment pour :

• certaines autobiographies ;

• des livres de personnalités publiques ;

• des ouvrages de développement personnel ;

• des publications de dirigeants d’entreprise.

Elle est parfaitement connue du monde de l’édition.

Pourtant, elle suscite généralement beaucoup moins de réactions que l’utilisation d’une intelligence artificielle comme outil d’assistance.

6.2. Le cas de James Patterson

L’exemple de James Patterson est particulièrement révélateur.

Il est régulièrement présenté comme l’un des auteurs les plus vendus au monde.

Son mode de fonctionnement est pourtant bien connu.

Il travaille avec plusieurs collaborateurs qui participent à la rédaction de nombreux ouvrages.

Cette organisation ne diminue pas son rôle.

Il reste l’initiateur des projets, définit les grandes orientations narratives et supervise l’ensemble.

Mais le travail quotidien est partagé.

Pour un auteur indépendant travaillant seul, une intelligence artificielle peut finalement remplir une fonction comparable à celle d’une petite équipe de collaborateurs.

La différence réside surtout dans les moyens financiers disponibles.

Une grande maison d’édition peut financer plusieurs intervenants.

L’auteur indépendant, lui, dispose rarement de cette possibilité.

L’IA contribue ainsi à réduire une partie de cet écart.

7. L’IA peut réduire les inégalités entre créateurs

7.1. Les avantages des auteurs disposant d’une équipe

La comparaison avec l’édition traditionnelle permet de mieux comprendre le véritable changement apporté par l’intelligence artificielle.

Un auteur publié par une grande maison d’édition peut bénéficier de compétences très diverses :

• recherche documentaire ;

• accompagnement éditorial ;

• correction ;

• relecture ;

• mise en page ;

• création de couverture ;

• illustration ;

• traduction ;

• promotion.

Un auteur indépendant ne dispose pas nécessairement de ces ressources.

Il peut évidemment faire appel à des prestataires extérieurs, mais chaque intervention représente un coût. Lorsque le budget est limité, certaines prestations deviennent difficiles, voire impossibles à financer.

L’autoédition peut donc offrir une grande liberté, mais elle impose également à l’auteur de prendre en charge de nombreuses tâches.

7.2. L’autoédition permet déjà de recourir à des prestataires

Il serait toutefois faux d’opposer systématiquement l’auteur indépendant travaillant seul à l’auteur publié par une maison d’édition.

Certains auteurs autoédités font eux aussi appel à des professionnels.

Ils peuvent confier leur manuscrit à un correcteur, demander à un graphiste de réaliser leur couverture, faire appel à un traducteur ou encore déléguer la mise en page.

Dans certains cas, un prestataire peut même prendre en charge une grande partie du processus éditorial.

Il existe ainsi des auteurs indépendants qui externalisent une partie importante de leur production, jusqu’à certaines formes de rédaction.

L’auteur qui travaille réellement seul de A à Z, sans aucune assistance extérieure, reste donc une situation particulière.

7.3. L’intelligence artificielle rend certaines compétences accessibles

C’est précisément sur ce point que l’intelligence artificielle peut modifier profondément la situation.

Un auteur qui ne dispose pas des moyens nécessaires pour rémunérer une équipe peut désormais accéder à une assistance dans de nombreux domaines.

Il peut demander à une IA de :

• réfléchir avec lui à la structure d’un livre ;

• l’aider à préparer sa documentation ;

• analyser un chapitre ;

• rechercher des incohérences ;

• proposer des reformulations ;

• corriger certaines erreurs ;

• réfléchir à une couverture ;

• générer une première illustration ;

• préparer une traduction ;

• réfléchir à la mise en page.

Cela ne signifie évidemment pas que l’IA possède les compétences d’une équipe complète de professionnels dans tous ces domaines.

Un correcteur expérimenté, un graphiste ou un traducteur spécialisé peut apporter une expertise supérieure.

Mais la comparaison pertinente n’est pas toujours entre IA et professionnel.

Pour un auteur qui n’a aucun budget, la véritable comparaison peut être entre IA et absence totale d’assistance.

Et dans ce cas, la différence peut être considérable.

8. Critiquer l’IA devrait conduire à interroger l’ensemble des pratiques de création

8.1. Où placer la frontière ?

Si l’utilisation d’une intelligence artificielle devait être considérée comme problématique simplement parce qu’une personne extérieure intervient dans le processus de création, une question se poserait immédiatement :

où faudrait-il placer la limite ?

Un auteur peut-il demander conseil à un autre écrivain ?

Peut-il faire relire son manuscrit par son conjoint ?

Peut-il rémunérer un correcteur ?

Peut-il utiliser les services d’un graphiste ?

Peut-il faire traduire son livre ?

Peut-il demander à un éditeur de modifier certains passages ?

Toutes ces pratiques impliquent pourtant qu’une personne autre que l’auteur participe au résultat final.

Si l’on considère que le véritable problème est de ne pas travailler seul, alors une grande partie du fonctionnement de l’édition devrait être remise en question.

Or ce n’est manifestement pas le cas.

8.2. Faudrait-il également renoncer aux logiciels ?

La logique pourrait même être poussée beaucoup plus loin.

Un auteur qui utilise un traitement de texte bénéficie déjà d’une assistance informatique.

Le logiciel peut :

• souligner une faute ;

• proposer une correction ;

• compter les mots ;

• rechercher un terme ;

• effectuer un remplacement automatique ;

• modifier la mise en forme.

Personne ne considère pour autant qu’un écrivain utilisant un correcteur orthographique n’est plus réellement l’auteur de son texte.

Il serait donc difficile de tracer une frontière cohérente entre une assistance informatique acceptable et une assistance par intelligence artificielle qui ne le serait pas.

Si toute aide technologique devait être considérée comme une atteinte à l’authenticité de la création, il faudrait finalement remonter très loin dans l’histoire des outils d’écriture.

Ce raisonnement conduit rapidement à une situation absurde.

Le véritable critère ne devrait donc probablement pas être l’existence d’une assistance, mais la manière dont celle-ci est utilisée.

9. L’obsession qualitative comme véritable critère

9.1. Peu importe finalement l’outil si le résultat est mauvais

L’intelligence artificielle peut produire un contenu médiocre.

Mais un humain peut également produire un contenu médiocre sans utiliser la moindre IA.

Un livre peut être mal écrit.

Une vidéo peut être mal montée.

Un article peut être incomplet.

Une illustration peut être ratée.

Dans chacun de ces cas, l’origine du problème n’est pas nécessairement l’outil utilisé.

C’est la qualité du résultat qui doit être évaluée.

Un créateur réellement attaché à l’obsession qualitative ne devrait donc pas se demander uniquement :

« Est-ce que j’ai utilisé une intelligence artificielle ? »

Il devrait surtout se demander :

« Est-ce que mon contenu est suffisamment bon pour la personne à laquelle je le destine ? »

9.2. Le créateur doit savoir critiquer le résultat

Cette approche implique également de ne pas considérer les réponses de l’IA comme définitives.

Une intelligence artificielle peut se tromper. Elle peut proposer une mauvaise idée, produire un texte trop long, trop vague ou trop générique, ou encore manquer un élément important.

Le rôle du créateur reste donc essentiel : il doit être capable d’évaluer le résultat, d’en identifier les qualités et les faiblesses, puis de déterminer ce qui doit être amélioré.

Il peut ainsi répondre à l’IA :

• « Cette idée ne fonctionne pas. »

• « Tu as oublié cet élément. »

• « Cette partie est trop longue. »

• « Cette information doit être vérifiée. »

• « Propose-moi une autre approche. »

Il ne s’agit pas simplement de demander à l’IA de produire un contenu, puis de l’accepter tel quel. Le véritable intérêt de la démarche apparaît lorsque le créateur utilise son propre jugement pour orienter progressivement le travail.

L’IA peut alors devenir un interlocuteur avec lequel le créateur confronte ses idées, teste différentes possibilités et recherche des améliorations.

C’est justement ce dialogue qui permet d’améliorer progressivement le résultat.

Cette démarche suppose toutefois une compétence essentielle : savoir reconnaître qu’un résultat est insuffisant. Sans ce discernement, le créateur risque au contraire d’accepter trop rapidement une production qui semble convaincante mais qui présente des défauts de fond, de forme ou d’adéquation avec son public.

L’IA n’est donc pas nécessairement un moyen de réduire le travail du créateur.

Dans certains projets, elle peut au contraire augmenter le nombre d’itérations et permettre d’aller beaucoup plus loin dans la recherche de la meilleure version possible.

9.3. De la création assistée à la cocréation

Lorsque l’auteur utilise l’IA pour discuter d’une idée, comparer différentes solutions, analyser un premier jet puis améliorer progressivement son contenu, il ne s’agit plus simplement de « faire écrire un texte par une IA ».

Il s’agit d’un processus beaucoup plus complexe.

Le créateur apporte :

• son expérience ;

• ses objectifs ;

• sa connaissance de son public ;

• ses idées ;

• son jugement ;

• ses choix finaux.

L’intelligence artificielle apporte :

• sa capacité à générer rapidement des propositions ;

• sa capacité à reformuler ;

• sa capacité à explorer différentes pistes ;

• sa capacité à analyser un contenu ;

• sa disponibilité permanente.

Le résultat peut alors relever d’une véritable cocréation.

Cette distinction est essentielle pour comprendre l’évolution actuelle des pratiques créatives.

10. L’IA ne constitue peut-être pas une rupture, mais une nouvelle étape

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une rupture radicale avec les méthodes de création précédentes.

Il existe pourtant une autre manière de regarder le phénomène.

L’histoire de la création montre une succession d’outils permettant aux auteurs et aux créateurs d’aller plus loin.

La machine à écrire a remplacé certaines contraintes de l’écriture manuscrite.

Le traitement de texte a facilité les corrections.

Internet a rendu la recherche documentaire beaucoup plus rapide.

Les logiciels graphiques ont transformé la création visuelle.

Les appareils photo numériques ont simplifié la production et la retouche des images.

L’intelligence artificielle s’inscrit dans cette longue évolution.

Elle apporte une capacité supplémentaire : dialoguer avec un outil capable de produire, analyser et transformer du contenu en langage naturel.

La nouveauté est importante.

Mais elle ne signifie pas nécessairement que toutes les pratiques précédentes deviennent obsolètes.

10.1. Une démocratisation plutôt qu’une rupture

Pour les créateurs disposant déjà d’une équipe, l’intelligence artificielle peut représenter un outil supplémentaire permettant d’accélérer certaines tâches.

Pour ceux qui travaillent seuls, elle peut avoir une portée beaucoup plus importante.

Elle peut leur donner accès à des capacités qui leur étaient auparavant difficilement accessibles.

Un auteur indépendant peut ainsi bénéficier d’une assistance qui ressemble, à certains égards, à une petite équipe.

Un créateur vidéo peut disposer d’un interlocuteur capable de l’aider à réfléchir à son scénario.

Un graphiste amateur peut obtenir des propositions qu’il pourra ensuite retravailler avec GIMP ou un autre logiciel.

Un blogueur peut utiliser l’IA pour confronter ses idées, identifier les faiblesses d’un article et améliorer sa structure.

Cette accessibilité constitue probablement l’un des changements les plus importants.

10.2. Ce qui dérange réellement

L’IA peut donc être considérée comme une forme de démocratisation.

Elle réduit certains obstacles financiers, techniques ou organisationnels qui séparaient auparavant les créateurs disposant de moyens importants de ceux qui travaillaient seuls.

C’est précisément ce qui peut déranger.

Si une personne peut aujourd’hui accéder, avec un abonnement relativement abordable, à une assistance qui aurait autrefois nécessité plusieurs professionnels, certaines barrières disparaissent.

La question n’est alors plus seulement celle de la technologie.

Elle devient également une question d’accès aux moyens de création.

L’intelligence artificielle ne garantit évidemment pas la réussite.

Elle ne remplace ni l’expérience, ni le jugement, ni la créativité, ni le travail.

Mais elle permet à davantage de personnes de tenter des projets qui auraient auparavant été beaucoup plus difficiles à réaliser.

Et c’est peut-être là son véritable intérêt.

11. Des ouvrages pour mieux comprendre l’intelligence artificielle et la création de contenu

L’utilisation de l’intelligence artificielle ne se limite pas à la génération automatique de contenus. Pour exploiter réellement ces outils, il peut être utile de comprendre leurs possibilités, leurs limites et les méthodes permettant de dialoguer efficacement avec eux.

Plusieurs ouvrages peuvent ainsi accompagner les créateurs qui souhaitent intégrer l’IA dans leur travail :

L’art du prompting pour les débutants, de Jean Spenser (lien sponsorisé Amazon), pour découvrir les principes du prompting et apprendre à formuler des demandes plus efficaces ;

L’art du prompt : formuler des prompts parfaits et obtenir de meilleurs résultats, de Markus Kirchmair (lien sponsorisé Amazon), consacré plus spécifiquement à l’amélioration des instructions adressées aux intelligences artificielles ;

Comprendre l’IA : Un guide clair pour comprendre et utiliser l’intelligence artificielle au quotidien, d’Eric Lemoine (lien sponsorisé Amazon), pour mieux comprendre les usages de l’intelligence artificielle au-delà de la seule création de contenu.

Ces ouvrages peuvent notamment aider les créateurs à mieux exploiter les possibilités offertes par les outils génératifs et à développer une approche plus réfléchie de leur utilisation.

12. Points à retenir

• L’obsession client consiste à placer la satisfaction du destinataire au centre des décisions.

• Cette philosophie peut être transposée à la création de contenu sous la forme d’une obsession qualitative.

• L’IA doit être considérée comme un outil au service de la qualité finale.

• Une intelligence artificielle peut intervenir avant, pendant ou après la création.

• Le dialogue avec l’IA permet d’explorer différentes pistes et d’améliorer un projet.

• L’analyse d’un premier jet peut permettre d’identifier ses forces et ses faiblesses.

• La cocréation constitue une évolution possible du travail avec l’IA.

• Les auteurs travaillent rarement totalement seuls.

• Le monde de l’édition fait depuis longtemps intervenir de nombreux professionnels.

• La documentation, la correction, la traduction, la mise en page et la conception graphique peuvent être externalisées.

• Les écrivains fantômes montrent également que certains ouvrages ne sont pas intégralement rédigés par leur auteur apparent.

• James Patterson constitue un exemple connu de collaboration étroite avec des rédacteurs.

• L’IA peut rendre certaines compétences plus accessibles aux créateurs indépendants.

• Le véritable critère devrait être la qualité du contenu final plutôt que l’outil utilisé.

• L’intelligence artificielle peut contribuer à démocratiser l’accès aux moyens de création.

• L’objectif final reste la satisfaction du lecteur, du spectateur ou de l’utilisateur.

13. Lien utile

Pour approfondir la notion d’intelligence artificielle générative et mieux comprendre son fonctionnement, vous pouvez consulter l’article d’IBM consacré à ce sujet :
« Qu’est-ce que l’IA générative ? »

Cet article présente les principes de l’IA générative, ses principales applications et les technologies qui permettent aujourd’hui de créer du texte, des images, du code ou d’autres types de contenus à partir de simples instructions.

Lire l’article d’IBM : « Qu’est-ce que l’IA générative ? »

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