Publié le 10 novembre 2019,
Mis à jour le 19 juillet 2025.
Choisir une police de caractères pour un document juridique n’est pas un simple détail esthétique. C’est une décision qui influence la lisibilité, le sérieux perçu du texte et parfois même la crédibilité de son auteur. Or, ce choix implique souvent de trancher entre deux grandes familles typographiques : les polices avec empattements, dites serif, et celles sans empattements, dites sans serif.
Bien sûr, chaque rédacteur peut avoir ses préférences personnelles, mais le support final du document (impression papier ou lecture à l’écran) joue un rôle déterminant.
Table des matières
1. Polices avec empattements : tradition, élégance et lisibilité sur papier
Les polices de caractères avec empattements se distinguent par ces petites extensions à l’extrémité des lettres. Ces fioritures, loin d’être uniquement décoratives, ont une fonction pratique : elles guident l’œil le long des lignes et facilitent la lecture continue, en particulier sur papier.
Historiquement, ces polices dominent le monde de l’imprimerie. En France, de nombreux quotidiens emblématiques, comme Le Monde ou Le Figaro, utilisent encore aujourd’hui des polices serif, contribuant à ancrer cette esthétique dans nos habitudes de lecture. Cette familiarité joue beaucoup : l’être humain n’aime guère changer ses repères visuels et a tendance à reproduire ce qu’il connaît déjà.

L’adoption massive de certaines polices par des acteurs majeurs de l’informatique a aussi pesé dans la balance. Pendant longtemps, Microsoft Word a imposé Times New Roman comme police par défaut. Présente dans Windows depuis la version 3.1, elle a façonné des générations de documents officiels, universitaires et administratifs. Jusqu’en 2007, ouvrir Word revenait quasiment à écrire en Times New Roman par défaut.
Beaucoup considèrent encore aujourd’hui que les polices avec empattements donnent une allure plus « classique » et plus soignée à un texte. Dans l’univers juridique, où le sérieux et le formalisme sont de rigueur, on peut penser que l’élégance, qu’elle soit typographique ou vestimentaire, rassure (voir notre article sur l’élégance professionnelle des juristes).
Parmi les polices serif couramment utilisées, on retrouve notamment Georgia, Times New Roman, Cambria, DejaVu Serif ou encore Liberation Serif.
2. Polices sans empattements : modernité, clarté et accessibilité numérique
À l’inverse, les polices sans empattements, appelées sans serif, présentent des lettres au tracé plus simple, sans ornements. Elles offrent une apparence plus épurée, plus contemporaine, et s’adaptent particulièrement bien aux écrans.
Depuis 2007, Microsoft a fait évoluer ses choix typographiques : Calibri est devenue la police par défaut de Word, consacrant le sans serif comme standard pour de nombreux documents numériques. Sur le web, la quasi-totalité des sites privilégie des polices sans empattements, car elles restent plus nettes sur les écrans, même de petite taille ou de faible résolution.

Outre leur modernité, ces polices présentent un atout majeur : elles améliorent la lisibilité pour les personnes dyslexiques, ou plus largement pour tous ceux qui rencontrent des difficultés de lecture. Certaines polices ont même été spécialement conçues pour répondre à ces besoins spécifiques : c’est le cas d’OpenDyslexic, dont les formes uniques réduisent les risques de confusion entre certaines lettres.
Les polices sans empattements s’inspirent souvent de tracés anciens, comme les capitales romaines, mais dégagent une impression de sobriété et de minimalisme, particulièrement appréciée pour les interfaces numériques.
Les plus répandues sont Arial, Helvetica, DejaVu Sans, Liberation Sans ou encore OpenDyslexic pour les besoins spécifiques en accessibilité.
3. Support papier ou numérique : un facteur décisif
Si vous rédigez un document destiné à être lu sur écran (un site web, un PDF interactif, un e-mail) il est fortement recommandé d’opter pour une police sans empattements. Ces polices restent plus lisibles, quelle que soit la qualité de l’affichage.
En revanche, pour un document imprimé, le choix est plus nuancé. De nombreux éditeurs et imprimeries restent attachés aux polices avec empattements, jugées plus confortables pour une lecture longue. C’est pourquoi la majorité des livres imprimés sont encore composés en serif.
Dans un contexte professionnel, le choix peut aussi être influencé par des conventions. Un cabinet d’avocats, un tribunal ou une administration aura parfois une charte graphique, ou du moins un usage implicite qui privilégie certaines polices.
4. Conseils pratiques et écueils à éviter
Un conseil : évitez absolument Times New Roman. Bien qu’elle ait été la référence pendant des décennies, elle souffre aujourd’hui d’une image désuète, presque amateuriste. Utiliser Times New Roman donne souvent l’impression que vous n’avez pas pris la peine de choisir une police adaptée. Préférez-lui une alternative comme Georgia ou Cambria, plus modernes tout en restant classiques.
Si vous rédigez pour une lecture numérique (site web, pdf ou ebook) ou si vous souhaitez un rendu plus dynamique, tournez-vous vers une police sans empattements simple et fiable. Calibri, par exemple, reste une valeur sûre pour Word, tandis que Liberation Sans est une excellente option sous Linux ou avec LibreOffice. Cette dernière a l’avantage d’être open source, ce qui garantit une compatibilité large entre différents systèmes. Découvrez notre guide pour installer une police de caractères sous Ubuntu.
Enfin, pensez à vos lecteurs : si votre document doit être inclusif et accessible, privilégiez une police de qualité, claire et sans empattements, voire une police pensée pour les personnes dys, comme OpenDyslexic. Pour un public large, une police simple et bien espacée fait souvent toute la différence.
5. Mon choix personnel
Pour mes propres documents, j’ai adopté une approche pragmatique : lorsque j’utilise Word, je conserve généralement Calibri. Mais dès que j’ai le choix de mes outils, notamment avec LibreOffice ou sous Linux, je privilégie Liberation Sans. Elle me semble plus équilibrée, plus agréable à lire et plus respectueuse des standards ouverts. De plus, elle offre un rendu professionnel tout en restant accessible à tous.
6. Produits recommandés pour aller plus loin
Pour approfondir vos connaissances et affiner votre sens typographique, voici trois ouvrages de référence que je vous recommande vivement :
• La création typographique – Matthieu Salvaggio. Élément central d’un design graphique réussi, le caractère typographique attire et fascine les créateurs visuels. Dans cet ouvrage, Matthieu Salvaggio, concepteur de caractères renommé, livre pas à pas sa méthode pour dessiner et réaliser un alphabet complet. Concepts fondamentaux, étapes de création, conseils pratiques pour produire, distribuer et vendre vos créations : un guide illustré, riche et précieux pour tout graphiste, designer ou étudiant. Voir le livre (lien sponsorisé Amazon).
• Règles de l’écriture typographique du français – Yves Perrousseaux, David Rault & Michel Ballerini. Quelques décennies d’informatique ont transformé notre manière de composer des textes. Mais face à la multitude de fonctionnalités, le choix typographique final reste entre les mains de l’utilisateur. Cet ouvrage répond à toutes les questions pratiques pour maîtriser l’expression typographique du français : majuscules, guillemets, nombres, espaces, ponctuation… Un guide indispensable pour qui souhaite composer correctement tout type de document, de l’article au mémoire. Voir le livre (lien sponsorisé Amazon).
• Guide pratique de choix typographique – David Rault. Chaque caractère d’imprimerie porte un bagage culturel, historique et social, influençant l’interprétation du texte. Ce guide donne toutes les clés pour choisir la bonne typographie selon votre projet et réussir une mise en page pertinente et esthétique. Plus de 60 polices sont présentées, détaillées et analysées. Vous y trouverez aussi des témoignages de grandes figures de la typographie. Un livre pour découvrir ces lettres qu’on lit sans vraiment les voir. Voir le livre (lien sponsorisé Amazon).
7. Des lignes directrices simples
Le choix de la police de caractères n’est jamais anodin, surtout pour un document juridique qui doit inspirer confiance et clarté. Voici quelques lignes directrices simples pour vous guider :
• Support papier : plutôt serif, sauf exceptions.
• Support numérique : plutôt sans serif.
• Lisibilité : pensez aux lecteurs dyslexiques.
• Professionnalisme : évitez Times New Roman, préférez des alternatives modernes.
Un texte bien rédigé mérite une police à sa hauteur : claire, lisible, adaptée à son support et à son audience. C’est un détail… qui n’en est pas un !
8. Points à retenir
• Serif pour le papier
• Sans serif pour le numérique
• Police simple, claire, ouverte
• Accessibilité : penser aux dyslexiques
• Éviter Times New Roman
• Préférer Georgia, Cambria, Calibri, Liberation Sans
• Adapter la police au support et au lecteur
9. Liens utiles
• OpenDyslexic — Site officiel de la police conçue pour faciliter la lecture des personnes dyslexiques.
• Liberation Sans sur DaFont — Page de téléchargement de la police open source, idéale pour remplacer Calibri ou Arial sous Linux ou LibreOffice.
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